A côté des utopies synchrétistes ouvertes comme Auroville, il existe d'autres utopies d'inspiration religieuse mais dont le contenu sectaire, paranoiaque, laisse franchement à désirer...C'est le cas de la fameuse "cité sainte" du Mandarom, construite dans le sud de la France près du lac de Castellane par la secte des Aumistes
L'aumisme est une secte synchrétiste new-age qui professe que toutes les religions convergent vers un seul et point, une seule unitée, révélé au monde par le seigneur Ansa Manara, le "messie cosmoplanétaire de synthèse" (si si, j'vous le jure :)). Concrètement, ce monsieur qui s'est autoproclamé messie s'appelle Gilbert Bourdin. Cet ancien touche à tout finit par devenir professeur de Yoga dans les années 60. C'est dans la même décennie qu'il créa son mouvement et s'installa dans le sud de la France avec une poignée d'adeptes. Cela se concrétisera par la constrution d'un palais puis d'une cité idéale, conçue à l'image de l'aumisme:
Voici Gilbert Bourdain, le gourou du Mandarom, surnommé par ses adeptes "le messie cosmoplanétaire de synthèse"...
Du point architectural, la cité est.... fortement hétéroclite: statues géantes pourtant des pistolets en plastique et représentant Bouddha, Jésus avec Bouclier. La vierge marie est même muni d'un canon à laser ect... Les couleurs d'ensemble sont bariolées et le résultat sonne effroyablement kitch, une sorte de compromis entre un disneyland et un village de schtroumfs... Mais toutes ces armes en plastoc ne sont pas là pour faire joli, le "messie cosmoplanétaire" Gilbert Bourdain doit assurer la protection permanente de la cité, assaillie par une orde d'entités négatives, les atlantes, les lémuriens des enfers de Mars et j'en passe... Le Mandarom cultive une paranoia permanente du monde extérieur ce qui, sans doute, permet de fédérer la communauté...
Avant la mort du messie, la cité comprenait une soixantaine de membres vivant selon une vie monastique comprenant des processions, des chants, des prières, des ateliers artisanaux pour l'autosuffisance ect... Sociologiquement, les individus qui composaient cette mini-société sont variées, ils appartiennent àn peu près tous à la classe moyenne. Ce sont des individus qui furent en recherche, qui ne sont pas plus idiots que vous et moi, mais qui ont gravement manqué de dicernement et se sont laissés embarqués dans une folle histoire.
Une randonnée au Mandarom. Pour ceux que ça intéresse, la cité est ouverte à tous les touristes pour pour une somme maudique; La secte se doit de faire bonne figure et au final, elle draine environ 7000 visiteurs par an. La position de la région reste très ambivalante: même les habitants se plaignent, le Mandarom fut une manne touristique, une véritable aubaine pour les commerces de proximité, les hôtels ect... Beaucoup en ont donc profité, jusquà la municipalité.
Regardez et ecoutez le discours du gourou Gilbert Bourdain. C'est édifiant, il faut le voir pour le croire....:
Puis survint l'invraisemblable affaire du permis de construire. C'est en 1990 qu'une statue gigantesque à la gloire du "messie cosmoplanétaire" fut édifié dans la cité. Cette initiative fit l'objet de vives protestation de la part des habitants de la région. On lui reprochait notamment de défigurer le paysage et les "fadas d'en haut", comme les appelle les habitants des environs, stipulent qu'un permis de construire existe pour l'édification de cette statue, ce que nie catégoeiquement la municipalité. La secte ira jusqu'à faire appel à la cours européenne des droits de l'homme pour légitimer ses droits mais le maire aura tranché, la statue est détruite en 2000...
Peu à peu, le voile se déchire et le Mandarom finit par montrer sa véritable nature, notamment au travers de ses ex-adeptes qui témoignent des sévices tant physiques que psychologiques qui furent exercés contre eux. Des femmes comme des mineurs finirent par témoigner d'actes de viols ou d'atouchement commis par le gourou tout-puissant. De plus, Gilbert Bourdain possédait une sorte de garde personnelle qui assurait l'ordre et corrigeait les récalcitrants s'il le fallait.
Les affaires s'accumulent et l'écho finit par retentir auprès de la justice. Gilbert Bourdain finira par être poursuivie au tribunal pour abus sexuel mais le sort en a décidé autrement: il meurt l'année même de sa condamnation en 1998. Depuis, on ne sait plu trop ce que devient cette cité du Mandarom qui semble attendre la prochaine réincarnation de leur gourou. Et la communauté tente de résoudre ses déboires financiers, elle ne contiendrai plus qu'une dizaine de personnes...
Il est intéressait de remettre en perspective cette utopie sectaire dans le contexte de son époque. Elle est né en 1969, soit 1 an après Auroville. Ces 2 utopies se trouvent dans la confluences de la contre-culture des années 60 qui se traduit par une foule d'initiatives: recherche de nouveaux modes de vie, de voyage tant intérieurs par le lds qu'extérieurs par des voyages en Inde, naissance du mouvement new age au états-unis et recherche d'une sorte d'humanisme universelle se traduisant par divers sinchrétismes.
Pour cette rentrée 2008-2009, de nouvelles thématiques ont vu le jour, notamment, celle de "l'utopie et de la réalité". C'est dans le cadre de ce sujet qu'il m'a paru intéressant de faire un article sur une utopie, ou une tentative d'utopie, qui m'a beaucoup intéressée ces derniers temps. Cette "utopie en cours" gagnerait à être mieux connue, d'autant plus qu'elle fut en partie réalisée par des français de la période mai 68. Elle se situe en Inde, près de Pondichery et a pour nom: Auroville.
Finalement, ça peut paraître prétencieux de discerter sur une communauté dans laquelle on n'a jamais vécu. Mais je vais tenter du mieux que je peux à partir de la documentation que j'ai trouvée.
Auroville est donc une cité fondée en 1968 à partir des enseignements d'un homme du nom de Sri Aurobindo. Ce dernier fut considéré à son époque comme un sage en même temps qu'un réformateur politique. ll milita activement pour l'indépendance de l'Inde. Cette citée-communauté est censé être la concrétisation de l'unité humain, une cité ou coexisterait le spirituel et le matériel, une citée universelle, antichambre de la société future ou l'homme pourrait enfin cohabiter harmonieusement avec lui-même... Le caractère universaliste d'Auroville s'est affirmé dès sa naissance en déposant dans l'urne, au centre de la future cité, la terre de plus de 124 nations, symbole de réconciliation, d'espoir et d'unité.
A droite: Sri Aurobindo. Il fut une figure majeure du nationalisme indien dans les années 50-60. Ce n'est qu'après son désabusement de la politique et ses incarcérations successives qu'il se consacra entièrement au yoga. Il a mené une vie d'ascète pendant 25 ans pour se consacrer à son "Yoga intégral", sorte de rénnovation universaliste du yoga et qui reconsidère le lien entre l'homme et le divin
A gauche: Mira Alfassa, française et compagne de Sri Aurobindo, plus connue sous le nom de "la Mère". Elle fut la véritable initiatrice de ce projet. Elle fut également, suite à la mort de son compagnon, à l'origine de l'Ashram de Sri aurobindo d'ou serait parti Auroville et d'ou l'on recevait les enseignements du maître « Il doit exister sur terre un endroit inaliénable, un endroit qui n’appartiendrait à aucune nation, un lieu où tous les êtres de bonne volonté sincères dans leurs aspirations, pourraient vivre librement comme citoyens du Monde ». Ainsi se montre dès le début le caractère hybride et multiculturel d'Auroville.
Voici une maquette d'Auroville telle qu'elle devrait être. Comme vous pouvez le constater, la forme globale évoque une galaxie qui converge vers le centre de la citée, surplombé par le Matrimandir. Chaque branche de la galaxie représente un secteur spécifique d'Auroville, des activités industrielles, artisanales ou des zones d'habitats. on peut constater avec Google Earth que cette architecture n'a pas abouti. De plus, la croissance d'Auroville est plutôt ralentie. Elle qui prévoyait d'héberger 50 000 habitants, en héberge aujourd'hui 2000...
Le Matrimandir est le centre névralgique d'Auroville. contrairement à beaucoup de temples hindous, celui d'Auroville est ouvert aux touristes. C'est l'endroit ou les Aurovilliens viennent se resourcer librement...
Il existe également tout un programme d'éducation pour les habitants aurovilliens. Les enfants deviennent ainsi polyglotte dès le plus jeune âge. Elle se veut une "éducation intégrale" qui développe toutes les dimensions de l'être. Aujourd'hui, l'enseignement s'est orienté d'une manière plus pragmatique, de sorte que ces petits Aurovilliens puissent également s'intégrer à l'extérieur.
Aujourd'hui, Auroville constitue une citée de plusieurs dizaines de nations; Tel un laboratoire d'expérimentation, elle tente de trouver des innovations et développe des projets dans divers domaines tels les énergies renouvelables, le tout dans une logique de développement durable; Tout semble possible: activité artistique, bénévolat pour la construction de nouvelles infrastructures, méditation ect...
(A Aurovile, un arbre géant dont les lianes se sont enracinées et ont elles-même formé des troncs)
Mais tentons maintenant de scruter auroville au-delà de sa vitrine d'exposition:
J'ai une copine dans mon entourage qui est allé régulièrement en Inde et qui a fait un bref détour par Auroville. Elle n'y est resté que brièvement mais finalement, elle n'en retient pas grand chose. De mes souvenirs, Auroville lui paraissait être une sorte de concentrés de bobos 68tards. De plus, parce qu'elle est une utopie, elle diffère de la vie quotidienne des indiens et c'est sans doute pour ça qu'elle semble ne pas être pris au sérieux par ces derniers, embourbés dans la dureté de la vie. Auroville semble comme en déphasage, mise sous une cloche...
De plus, la mère de mon meilleur amis a quelques membres de sa famille qui ont eu des liens dans le passé, non pas avec Auroville mais avec l'ashram de "la mère"; Elle a donc une certaine idée de ce qui a pu se passer, notamment du conflit qui s'est tramé entre l'ashram et l'auroville naissante. L'ashram souhaitait avoir un rôle dans l'orientation de l'auroville future mais l'endroit s'est finalement autonomisé.
La plupart des blogs que j'ai visité ont donné une vision d'Auroville mitigée... Des bruits courent que des enfants élevés à l'aurovillienne depuis la naissance se droguent. De plus, les indiens qui vivant dans la région n'apprécient pas l'endroit car ils semblent être utilisés par les aurovilliens comme la sous-traitants, autrement dit, pour effectuer les tâches ingrates. Ainsi s'opérerait subrepticement une sorte de nouvelle hiérarchie entre des occidentaux pratiquant le coucouning et les indigènes qui triment...
Côté spirituel, Auroville semble une sorte de zone new-age assez fatra ou chacun fait un peu ce qu'il a envie; Le matrimandir est là pour que chacun, s'il le souhaite se ressource dans un espace silencieux; Des cours de yoga, de Tai-chi, des pratiques artistiques ainsi que des massages sont proposés mais l'ensemble fait finalement assez "club med". Et pour survivre, la citée doit vendre beaucoup de camelotes de toutes sortes ce qui ternit le côté "spirituel" de la chose.
Au pire, Auroville se révèle aux premiers abords être une sorte de village-vacance surrané, un no man's land pour occidentaux en mal d'exotisme. Cela ne fait finalement de mal à personne mais peut-on dire que c'est une utopie si on retrouve les mêmes dérives qu'ailleurs. D'autres parlent d'une véritable omerta sur certaines pratiques qui existent à auroville, notamment du point de vue immobilier.
On se retrouve donc face à un dillème: - Si l'on veut construire une utopie sur des fondations solides comme le phalanstère, il semble nécéssaire de pouvoir se retrancher de la réalité extérieure pour mieux préserver les fruits du projet que l'on veut mener à terme. Cela pourra apparaître, aux yeux de certains, comme une forme de repli sectaire mais bâtir une utopie amène inévitablement à un déracinement de la société ambiante vers quelque chose de nouveau.
- Si l'utopie est en système ouvert, elle se retrouve alors avec des générations de nouveaux individus qui arrivent et qui se retrouvent en déphasage, parfois même en concurrence avec les premiers pionniers. Et c'est, je crois, ce qui s'est passé à Auroville. Il paraît en effet difficile de maintenir une utopie selon une ligne directrice, surtout si ce sont toutes les nations de la planète qui y participe. Et l'utopie de départ peut littéralement s'enliser suivant les désirs capricieux de chacun...
Dans le domaine utopique, il semble exister une sorte de tension entre 2 tendances: celle de vouloir changer l'homme et celle de changer son environnement. Les utopies totalitaires sont facilement tentés par le fait de refasçonner l'homme jusque dans ses fondations pour que l'individu, le parti, l'état et la vie dans son ensemble fusionnent dans une sorte de tout cohérent. D'autres démarches comme celle du Corbusier consiste à vouloir changer la vie humaine par de nouveaux rapports sociaux induits par une architecture moins individualiste et plus communautaire. Auroville semble être une sorte d'hybridation totale entre les 2 démarches à tel point que l'on ne sait plus trop ou l'on en est...
La conclusion peut sembler sévère mais il me semble que l'on a un devoir de réalisme face à des utopies aux objectifs aussi démesurés et prétencieux. Auroville, bien que cautionné et parrainé par de prestigieux organismes internationaux comme l'UNESCO, semble être fortement dépendant des capitaux européens et nord-américains; Les problèmes de financement et le manque main d'oeuvre semble expliquer l'avancée ralentie de certaines constructions ainsi que le phénomène de "sous-traitance" perçu par les indiens de Pondichery.
De plus, on trouve une foisonnante architecture allant du rudimentaire au plus baroque et qui, quelque part, témoignage du manque d'unité d'Auroville. Les riches qui s'installent et fabriquent leur fantasme urbanistique est en contradiction flagrante avec l'idéal de vie simple et harmonieuse aurovillienne. Bien qu'il n'y a pas de monnaie, il faut de fait, avoir les moyens de s'installer et cela passe par une sorte de permis probatoire ou l'on doit faire ses preuves pendant 2 ans pour la communauté Il faut cependant reconnaître une incroyable prouesse aux pionniers aurovilliens: celle d'avoir transformé une zone désertique et aride en une immense zonne boisée par la plantation de plus de 2 millions d'arbre... Il suffit de trouver des images ça et là ou même aller sur google oearth pour constater la transformation qui s'est opéré, donnant à l'environnement aurovillien une allure de paradis tropical abritant toutes sortes d'espèces.
Auroville pose la question de la réelle pertinence d'une utopie soumise aux contingences du réel tel qu'il est. Après plus de 40 ans d'existence, il est raisonnable d'en tirer un bilan et de se demander ce que l'on peut tirer d'utopies de ce genre. Le projet originel semble de plus en plus lointain et les habitants s'activent, comme dans une fuite en avant, sans savoir ce que cela donnera...
Mais finalement, combien d'utopies faudra-t-il à l'humanité pour se rendre compte que nombre de solutions ne se trouve peut-être pas à l'extérieur de nous-même. Si la réalité est à l'image de la caverne de Platon, un voile d'illusions, les utopies ne seraient-elle pas des illusions supplémentaire, dont l'evanescence risquerait de rendre l'humain encore plus désabusé qu'il ne l'est déjà? Ne faudrait-il pas fondamentalement, comme le dit Matthieu Ricard, commencer d'abord par se transformer soi-même, là ou on est, pour pouvoir transformer le monde ???